Né le 14 octobre 1909 à Wadowice, en Galicie polonaise, le Rav Chaim Yaakov Rottenberg descendait d’une prestigieuse dynastie rabbinique. Son père, le grand-rabbin Markus Rottenberg, siégeait au conseil des sages de la Torah (Moetzes Gedolei HaTorah) à Cracovie.
Septième d’une fratrie de neuf, il reçut une formation talmudique d’exception dans les plus grandes yeshivot d’Europe — Telšiai, Mir et Brisk — véritables sommets de l’étude juive de l’entre-deux-guerres. Il y forgea la rigueur, la profondeur et l’amour de la Torah qui marqueront toute sa vie.
La famille s’établit à Anvers, grand foyer de la vie juive orthodoxe, où le jeune rabbin commence son ministère. En 1934, il y épouse Rosa Debora Rinski ; quatre enfants naîtront de cette union. Une vie de Torah, de famille et de communauté s’y construit — avant que l’Histoire ne bascule.
La Shoah brisa cette famille. Son épouse et ses quatre jeunes enfants furent déportés de Drancy vers Auschwitz-Birkenau par le convoi n°72, le 29 avril 1944. Aucun ne revint.
Son père, le grand-rabbin Markus Rottenberg, périt lui aussi à Auschwitz — refusant, dit-on, sa propre libération si elle n’incluait pas celle de ses compagnons de captivité. De cet abîme, le Rav Chaim Yaakov fit une force : celle, immense, de reconstruire.
Venu d’Anvers, il succéda au grand-rabbin Samuel Jacob Rubinstein à la tête de l’Agoudas Hakehilos. À partir de 1964, il fut le troisième grand-rabbin de la synagogue de la rue Pavée, au cœur du Marais — pilier d’une orthodoxie exigeante et indépendante dans le Paris de l’après-guerre.
Son œuvre rayonna sur deux terrains essentiels : l’éducation religieuse, transmettre la Torah à une génération qu’il fallait relever, et une cacherouth rigoureuse et autonome. Ceux qui l’ont connu décrivent une autorité spirituelle authentique, alliant exigence et bienveillance.
L’association Agoudas Hakehilos — « l’union des communautés » — réunit depuis 1913 des fidèles attachés à une pratique orthodoxe fervente. Dans ce lieu unique voulu par Guimard, le Rav Rottenberg incarna cette fidélité : un judaïsme vivant, enraciné, tourné vers la transmission.
À sa venue à Paris, une condition avait été posée : qu’un fils lui succède. Son fils, le grand-rabbin Mordechai Rottenberg, perpétue son œuvre depuis 1990, assurant la continuité du rayonnement spirituel de la communauté.
Le Rav Chaim Yaakov Rottenberg s’est éteint le 27 août 1990 à Paris, à l’âge de 80 ans, laissant un héritage de foi inébranlable et de dévouement à sa kehila.